Les rois mages à Sidi Bouzid, un conte tunisien
| Rédigé par : Mehdi Chebbi |
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Sidi Bouzid, berceau de la révolution… brasier impossible à éteindre… poil à gratter de la présidence absolue du temps de Bourguibali. La ville la plus connue du Centre du pays depuis janvier 2011 à travers le monde ne cesse d’être le théâtre de faits frappants pour l’esprit et la mémoire collective.
Exclusion, pauvreté, chômage : le champ lexical de Sidi Bouzid suinte la défaite. Même Ennahdha y a perdu, n’arrivant que deuxième derrière la Pétition Populaire du régional de l’étape et trublion moustachu résident en Albion, Hechmi Hamdi.
Qui oserait associer l’Evangile selon Matthieu à un Sidi Bouzid qui ne connaît de Jésus-Christ que le chemin de croix ? Soyons fous, et faisons connaissance avec une des histoires les plus connues de la Bible, en la réadaptant à notre sauce.
Les Rois Mages, l’Orient, Jésus… Pour bien commencer, nommons-les Ben Gaspard, Balthazouki et Hamadelchior.S’étant souvenus tous trois que le lundi coincide avec les deux ans de la mythique baffe donnée à Bouazizi, nos Sages, guidés par une étoile (ou un GPS, chacun ses goûts), viennent du Nord pour apporter leurs présents d’une richesse symbolique (des mots tendres enrobés de douceur qui se posent sur la bouche et non sur le cœur, Dalida si tu nous lis…) à Sidi Bethléem.
Et c’est là que le folklore local prend le dessus sur la légende, et joue un mauvais tour à Ben Gaspard, roi de l’Atlantide et saint patron des pêcheurs, et Balthazouki, roi de Carthage (quand Hamadelchior est endormi) et saint patron des sentinelles (il n’y avait pas de lunettes à l’époque voyons !).
Une marée humaine envahit la place où les cadeaux « d’une richesse symbolique » devaient être dévoilés, et un groupuscule d’énervés saisit des cailloux. Apeuré, Ben Gaspard crie : « Que celui qui n’a jamais pêché me jette la première pierre ». « OK boss ! ». Zfiou…Zfiou ! Evidemment, il ne fallait pas sortir une telle phrase dans un lieu qui n’est pas sur la côte, sinon c’est le déluge, rocailleux bien sûr.
Protégés par la garde prétorienne et d’étranges objets noirs qui auraient selon la légende le pouvoir d’arrêter les pierres, Balthazouki et Ben Gaspard déguerpissent. Revenus au Nord, ils se rendent chez Hamadelchior. « Bravo, quel courage ! T’as vu ce qui nous est arrivé ?». « Euh, ou rass la démographie de le peuple, j’avais une grippe au foie, et des points de côté à la tête. Et j’avais piscine aussi. Le Hamadelchior n’est pas jébén ! ».
Pas abattu, Balthazouki retente sa chance dans une contrée plus accueillante, où les palmiers poussent en abondance, et où l’on vénère la poésie depuis la nuit des temps. C’est finalement à coups de sucreries que le Roi Mage est reçu, non loin de sa terre de naissance. Hamadelchior se présente de son côté devant l’agora pour annoncer le montant des richesses, non symboliques cette fois, à utiliser entre les deux prochains équinoxes d’hiver. Le tout sous les yeux d’un Ben Gaspard bien content d’être rentré au royaume de Majlassie.
Comme quoi, le pouvoir des trois peut de temps à autre se retourner contre ses détenteurs (sœurs Halliwell, si vous nous lisez). Quant aux habitants de Sidi Bethléem, ils n’ont pas cru aux promesses des trois Rois Mages, qui sont en fait quatre dans la tradition scandinave.
Mais au vu de la réaction de lundi, je doute fortement de leur propension à accorder du crédit à Matricule n°4. Ce dernier est de loin le plus connu, avec sa longue barbe blanche, son costume rouge, et ses rennes.
Et ce n’est sûrement pas à Sidi Bouzid qu’on se mettra à croire demain au père Noël.
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